HAON Hervé
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16/09/2015

En france ce sont deux scieries qui disparaissent chaque semaine depuis plus de vingt ans. la plupart du temps dans des massifs forestiers de moyenne montagne où ces scieries étaient pourvoyeuses d'emplois. Or depuis près de trente ans, elles disparaissent les unes après les autres et ce de façon  définitives. Elles tombent comme feuilles mortes à l'automne. Et pourtant tous ces scieurs de bois, ces petits patrons qui possédaient un véritable savoir faire acquis au fil des générations n'étaient pas tous des maladroits, loin s'en faut et certains ont lutté jusqu'au bout pour conserver, moderniser leur outil de travail. La plupart ont du céder, la mort dans l'âme.

Ces scieries avaient pourtant l'immense avantage de bien connaitre leur environnement et les massifs forestiers où elles s'approvisionnaient en grumes. Elles produisaient ainsi de belles planches, de belles charpentes en circuit court. Ces fameux circuits courts si cher aux écologistes. Les grumes ne voyageaient pas sur des centaines de kilomètres. Elles étaient sciées au plus près.

Dans un monde ou rendement , productivité à outrance et compétition internationale débridée, semblent être l'alpha et l'omega, il n'y avait plus de place pour elles.

Elles rendaient pourtant, ces scieries petites ou moyennes, de grands services aux populations environnantes, avec leurs pièces sciées à la demande, leurs débits sur liste et leur faculté d'adaptation aux différentes essences forestières.

Aujourd'hui que voyons nous apparaitre? un modèle de scieries industrielles d'inspiration germano nordique.

De gigantesques unités de sciages pour produire toujours plus vite à moindre coût. On automatise au maximum les outils tout en réduisant le plus possible les interventions humaines.

La cantérisation ( méthode de sciage avec scies circulaires) en est un exemple abouti.

Mais en france avec nos forêts si diversifiées (mais pour combien de temps ?) devons nous suivre aveuglement ce modèle ?

Nous voyons bien déjà que dans certains pays forestiers du nord de l'europe, la forêt tend à se résumer à la matière ligneuse (on récolte désormais  les arbres grâce à de grosses abatteuses, comme on récolte le blé ou le maîs).

La forêt devient un produit bancaire à court terme.

Je voudrais tout de même rappeler que la forêt, ce n'est pas que de la matière première, qu'un produit financier. C'est aussi un aspect de notre héritage immatériel et commun et surtout une richesse trangénérationnelle.

Je ne suis ni dogmatique ni surtout nostalgique de je ne sais quel passé  idéalisé. Je sais que l'on ne peut jamais s'abstraire complètement de l'économie, mais on peut cependant se poser la question. Pourquoi les petites et moyennes scieries seraient elles condamnées à disparaitre les unes après les autres ?

Croyez vous qu'avec les boulversements climatiques qui s'annoncent et mettent à mal bon nombre de forêts françaises, nous devrions ne voir l'avenir de la filière bois qu'à travers de grosses unités?

Il me parait que chacune de ses scieries, dans son domaine respectif de compétence, peut avoir sa place, à condition ( là nous pénétrons dans le domaine politique) que les pouvoirs publics, ministère de l'agriculture et autres, à défaut de subventionner les petites entreprises forestières, les laisse vivre sans les noyer sous un fatra de contraintes administratives bien souvent aussi contradictoires qu'incohérentes.

Comme me le disait il y a peu un scieur : " aujourd'hui pour exploiter un m3 de bois, je dois remplir des masses incroyable de papiers et autres documents aussi abscons qu'inutiles.

Voilà quelques réflexions qui me viennent après avoir rencontré plusieurs forestiers et scieurs de bois. Je pense que les enjeux à venir de la forêt française n'ont jamais été autant  traversés de tendances contradictoires et quelquefois opposées.

Je réalise aussi que j'ai peut être commencé ce film avec quelques idées bien arrêtées et aujourd'hui plus j'avance dans ce tournage plus les aspects de l'industrie forestière me paraissent complexes. Il faut pouvoir aborder ces sujets sans à priori, et surtout avec une humilité dépourvue d'affectivité. Pas facile.

Une autre fois  je tenterai d'aborder les enjeux et les antagonismes qui s'annoncent entre les grumes de sciages face à ce que l'on appelle le "bois énergie"

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