HAON Hervé
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55° SUD

« CAP HORN - GEORGIE DU SUD - PATAGONIE.
55° SUD, chroniques du bout du Monde

INTRODUCTION

Début 2007, je quittais, ou plus exactement je fuyais la France pour l’extrême sud du continent américain – Patagonie, Terre de feu, Cap Horn et plus si affinités. Pour ce qui est des affinités avec le Grand Sud, je n’avais guère de doutes.

Je repartais pour la sixième ou la septième fois dans ces cantons du vent et de la solitude qui conviennent si bien à mon goût pour les marges du monde et ses confins.

Un voyage sans motifs si ce n’est celui d’apprendre la géographie par la plante des pieds...

Une errance faite de hasard et de frugalité avec comme seule certitude celle de suivre mon étoile, bonne ou mauvaise. Mais suivre une étoile, en choisir une parmi les milliers qui se baladent au-dessus de nos têtes, n’était-ce pas déjà un programme séduisant ?

En tout cas, me semblait-il, préférable au contentement repu des petits robots cyber-branchés, des thuriféraires macdonaldisés, chantres éperdus de cette techno modernité dont on nous rebat les oreilles.

Préférable à la compagnie de ces nouveaux esprits forts qui s’ingénient à n’être personne afin de mieux succomber à l’irrésistible tentation d’être tout le monde et qui, j’en ai peur, préfigure une humanité dépourvue d’humanité. Bref je voulais échapper, une fois de plus à ce monde du divertissement formaté qui nous déborde nous rend d’un crétinisme absolu. Échapper à cette aliénation technique et consumériste, à son emballement d’où, naît la grande confusion qui s’empare de nos sociétés et qui n’est pourtant que le vain et dérisoire travestissement du mythe du progrès. Le vrai progrès, lui n’intéresse que l’âme et n’a que faire des expédients technologiques.

Pour les idolâtres des nouveaux Luna-parks, les happy few de la mondialisation à marche forcée, rien n’est vrai, rien n’est faux, rien n’est bien, rien n’est mal. Confusion à tous les étages. Vu à la télé – Silence, on planifie, on standardise pour le bonheur et l’édification des masses laborieuses.

Seul semble compter un hédonisme tapageur et décervelé qui a fait son deuil de toute idée de générosité et de désintéressement. On s’abîme avec vertige dans la peur de l’avenir, dans la repentance systématique, dans un humanisme de pacotille et dans le matérialisme le plus outrancier.

Rien n’est à conquérir. Tout est à vendre, la satiété de confort est sans limites. Les soldes deviennent une manière de vivre, les mythes progressistes les « salutaires avancées sociétales » sont « incontournables ». L’indifférencié triomphe. Micro-bobos lobotomisés, turbo-agités et cyber-communicants nous les chantent sur tous les tons.

Enfant des livres, des forêts, des pampas, vieux gamin quinquagénaire, dernier des mohicans égaré parmi les zombis du virtuel synthétique, impénitent rêveur, je m’enfuyais vers ce grand sud imaginaire que j’avais, au cours de mes errances passées, façonné à ma mesure.

Je repartais, non pas pour employer les formules les plus éculées et les plus vides de sens

« Retrouver mes racines » ou me « ressourcer » mais pour déserter la bimbeloterie culturelle d’un Occident qui n’en finit pas de s’émietter et de se répandre sur le parvis des supermarchés.

Je cinglais conquérir l’inestimable : le silence et la solitude sous la haute protection des steppes, des forêts et des nuages ; Je songeais aussi à cette antique prière aujourd’hui oubliée : « Seigneur, donnez-moi l’inquiétude… » À chacun son monastère – le mien avait pour nom : Patagonie.

J’allais y retrouver mon royaume d’illusions, les chimériques beautés de la terre de Feu, ses décors immuables et ses cieux éternels où soufflent tous les vents de la liberté.

Là-bas, au fond des cartes et des atlas, je serais au bord du vide, aux marges du monde ; dans cette terre de tempêtes et de crépuscules où des peuples immémoriaux ont été massacrés pour des orgies d’or et de laine, où le vent qui a la mémoire longue, hurle toujours l’écho de ces lointaines tragédies.

Je marcherais le nez en l’air, les mains dans les poches – Le bout du monde s’arrêterait tous les soirs au bout de mes semelles.

L’espace et le temps, reprendrait une cohérence humaine. Ce serait une cure d’austérité vagabonde où je pourrais me dégraisser l’esprit, me simplifier l’âme et me fortifier les jarrets. J’allais à nouveau patauger dans mes rêves tout mon saoul, me vautrer dans l’immensité, le cœur à tous les vents.

LE CAP HORN

La pointe australe de l’Amérique du Sud, le bout du monde, c’est le Cap Horn ou Cap Dur.
Une île rocheuse, désolée, battue par le vent, brossée par les embruns et par des vagues meurtrières, ou les deux océans viennent ici s’étreindre de monstrueux baisers.
Comme une vigie, elle émerge …

GEORGIE DU SUD

Des jours et des nuits à chevaucher la grande houle de l’Atlantique Sud, cerné, menacé par les déferlantes qui crachent leur écume rageuse.
Albatros et damiers du Cap, indifférents, glissent en silence au ras des vagues.
Au loin des icebergs courent sur l’océan. Enfin elle apparaît, balayée de blizzard, cernée par son collier de vagues – l’île mystérieuse, la Géorgie du Sud , âpre et rugueuse, solitaire et hautaine, coiffée de neige et de glace…

PATAGONIE :

Voyager en Patagonie, c’est patauger dans le rêve. Dans une dimension d’ordre religieux ou métaphysique, loin de la géographie raisonnable avec ses kilomètres carrés, ses PIB, ses densités démographiques et ses taux de croissance.
C’est une terre où l’on part quêter, comme un mendiant ou un chevalier, le courage, la sagesse et l’humilité. Une terre dont on ne revient pas indemne, dont on ne revient jamais tout à fait.
La Patagonie est un songe. Mais un songe qui vous enchante, vous tourmente et jamais ne vous comble. Elle crée un besoin qu’elle ne satisfait pas. Une terre de mystères et de secrets dont on garde pour toujours l’énigmatique obsession. La Patagonie ne distribue pas une leçon de bonheur mais plutôt une invitation à penser.